Soutenance de thèse Jayson Martens | 24 octobre 2025

M. Jayson Martens (Université Toulouse Capitole) a soutenu le 24 octobre 2025 sa thèse de doctorat en droit, mention histoire du droit, intitulée Le distributisme anglais (1897-1939) : fondements et histoire d’une doctrine juridique et pluraliste de la troisième voie, sous la direction du professeur Christine Mengès-Le Pape. 

La composition du jury était la suivante :

  • Christine Mengès Le Pape, professeur à l’université Toulouse Capitole, directrice de thèse
  • Marta Peguera Poch, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, rapporteur 
  • Joël Hautebert, professeur à l’université d’Angers, rapporteur
  • Solange Ségala, professeur à l’université Polytechnique Hauts-de-France
  • Daniel Sada Castano, professeur à l’université Francisco de Vitoria
  • Pierre-Louis Boyer, maître de conférences à Le Mans Université
  • Jérôme Henning, professeur à l’université Toulouse Capitole
  • Cyrille Dounot, professeur à l’université Toulouse Capitole

Résumé. Cette thèse analyse le distributisme anglais, conçu par Hilaire Belloc et rapidement relayé par G. K. Chesterton ainsi que par d’autres intellectuels britanniques, comme réponse à la montée du capitalisme industriel et au renforcement de l’État centralisé. Le distributisme se présente comme une « troisième voie » conciliant liberté individuelle, solidarité et diffusion large de la propriété productive. Il s’enracine dans la tradition aristotélico-thomiste et dans la doctrine sociale de l’Église, notamment à travers les encycliques Rerum Novarum (1891) et Quadragesimo Anno (1931). L’étude met en évidence la portée juridique de ce projet, qui remet en cause les fondements individualistes et centralisateurs du droit moderne. Le distributisme critique la fiction d’une liberté purement formelle et affirme la nécessité d’une liberté substantielle, conditionnée par la possession effective des moyens d’existence. Il propose une redéfinition de la propriété comme fonction sociale, ordonnée au bien commun, et une organisation institutionnelle fondée sur le principe de subsidiarité et sur le rôle des corps intermédiaires. La recherche adopte une approche historico-critique afin de replacer cette pensée dans son contexte polémique, en lien avec les débats sur la justice sociale, la souveraineté, la démocratie parlementaire et la conception pluraliste de l’État. Elle met en lumière la synthèse opérée entre trois traditions : le thomisme, le radicalisme anti-whig britannique et le pluralisme juridique. Cette articulation dessine une grammaire normative originale destinée à dépasser l’opposition entre capitalisme et socialisme au profit d’un modèle communautaire. L’analyse révèle cependant les tensions internes du mouvement. Si ses premiers promoteurs défendent un pluralisme fondé sur la reconnaissance des communautés intermédiaires, certains évoluent, dans l’entre-deux-guerres, vers des positions plus centralisatrices, traduisant la difficulté d’adapter ce modèle aux réalités politiques britanniques. Cette inflexion contribue à son effacement progressif, malgré une influence durable dans la pensée sociale catholique et certaines expériences économiques locales. En conclusion, le distributisme ne se limite ni à une curiosité doctrinale ni à une nostalgie médiévale. Il représente une tentative cohérente de refondation juridique et sociale, dont l’étude éclaire les alternatives au libéralisme juridique et ouvre des perspectives pour la réflexion contemporaine sur la justice économique et la régulation des pouvoirs dans les sociétés industrialisées.

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