In memoriam – Jean-Pierre Royer
Nous avons la grande tristesse de vous faire part du décès de notre collègue Jean-Pierre Royer, professeur émérite de l’université de Lille, le 15 mai 2026 dans sa 91e année.

Nous nous permettons de reproduire ci-dessous le message du Doyen de la Faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales, Aymeric Potteau.
Chères Collègues, Chers Collègues,
J’ai l’infinie tristesse de vous annoncer le décès du Doyen Jean-Pierre Royer survenu à Lille le 15 mai 2026 dans sa 91e année.
C’est un très grand universitaire lillois qui vient de nous quitter et dont la disparition laisse orphelins non seulement de nombreux collègues pour lesquels nous avons une pensée émue mais bien au-delà l’ensemble de la communauté facultaire au sein de laquelle le Professeur Jean-Pierre Royer était unanimement respecté et apprécié tant pour son envergure scientifique et pédagogique remarquable que pour ses très grandes qualités humaines.
Ces traits caractéristiques ressortaient parfaitement d’un récent entretien vidéo réalisé par notre collègue Nicolas Derasse. Retraçant les grandes étapes de sa carrière et de sa démarche scientifique, le Professeur Jean-Pierre Royer soulignait à quel point il avait exercé ses fonctions d’universitaire, de chercheur, d’enseignant avec passion, enthousiasme et engagement en veillant à transmettre à la jeune génération dont il était fier, comme l’est notre Faculté de l’avoir compté dans ses rangs, et ce depuis toujours en quelque sorte.
Formé au sein de notre Faculté, auteur d’une thèse intitulée « L’Eglise et le Royaume de France au XIVe siècle d’après le « Songe du Vergier » et la jurisprudence du Parlement » -(LGDJ, 1969) et reçu à l’agrégation d’histoire du droit en 1970, le Professeur Jean-Pierre Royer ne quittera jamais vraiment notre composante dont il sera le Doyen durant sept années (1976-1983).
Il faut dire que, bien qu’issu d’une génération pour laquelle la recherche se menait essentiellement sur un plan individuel, Jean-Pierre Royer avait su lui insuffler une dynamique collective en créant en 1986 avec sa collègue Renée Martinage, le Centre d’histoire judiciaire, une équipe de recherche rapidement labellisé par le CNRS, qui constitue l’une des deux seules UMR évoluant dans le champ de l’histoire du droit et dont la bibliothèque porte aujourd’hui le nom.
Pionnier de l’histoire de la justice, envisagée sur les plans institutionnels, sociologiques et procéduraux, le Professeur Jean-Pierre Royer a donné au domaine ses lettres de noblesse. Auteur d’une monumentale Histoire de la justice de la France (PUF, 5 éditions de 1995 à 2016, Prix Malesherbes) renouvelant les approches et devenu un grand classique, le Professeur Jean-Pierre Royer a toujours été soucieux d’étendre l’espace juridique au-delà de la règle de droit, jusqu’à une meilleure perception des systèmes juridiques et judiciaires. Il a ainsi publié de nombreux articles et livres importants, parmi lesquels La société judiciaire depuis le XVIIIe siècle, paru en 1979, Juges et notables au XIXe siècle, en collaboration avec Renée Martinage et Pierre Lecocq.
Le Professeur Jean-Pierre Royer a également eu le mérite, novateur pour son époque, de sortir de l’Hexagone en publiant, dès 1993, un travail sur Les systèmes judiciaires en Europe ou en organisant, en 1998, un colloque international sur L’influence du modèle judiciaire français en Europe sous la Révolution et l’Empire. Avec son compère Bernard Durand, il a également posé les bases de l’histoire du droit colonial, en publiant, dès 1987, l’ouvrage Magistrat au temps des colonies.
Reconnu par ses pairs et bien au-delà, le Professeur Jean-Pierre Royer a exercé de nombreuses fonctions et missions nationales comme internationales. Il a longuement été membre du Conseil National des Universités, dont il a présidé la section 03 entre 1996 et 2001. Il a également enseigné à l’Institut européen d’Athènes, a été membre des jurys d’onze concours d’entrée dans la magistrature, a exercé les fonctions de directeur de sessions de formation à l’ENM, a appartenu au conseil d’administration de l’Association française pour l’histoire de la justice et a conseillé le ministre de la Justice Pierre Arpaillange pour le bicentenaire de la Révolution française. Son activité professionnelle, qui lui a valu d’être élevé au grade de commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques, ne s’est pas cantonnée au monde universitaire : comme avocat, consultant ou fonctionnaire du Bureau International du Travail à Genève, il s’est également confronté à plusieurs aspects de la pratique juridique.
Jean-Pierre Royer a prolongé son activité de recherche bien après avoir fait valoir ses droits à la retraite en 2001, non sans obtenir l’éméritat. C’est peu de dire qu’outre la vive émotion qu’elle suscite, la disparition de celui qui constitue l’une des grandes figures historiques de la Faculté de droit de Lille laisse incontestablement un grand vide dans la communauté universitaire.
Non sans avoir vivement remercié nos collègues Bruno Dubois et Nicolas Derasse pour leur importante contribution à la rédaction de ce message, j’adresse, au nom de la Faculté, à la famille du Professeur Jean-Pierre Royer ainsi qu’à ses proches nos plus simples sincères condoléances
Vous priant de croire en l’expression de ma parfaite considération.





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